Jean-Pascal Assailly, le Bernadette Chirac de la sécurité routière ?
Curieusement, il m’avait semblé que la période d’avent de 2010 n’avait pas donné lieu à la traditionnelle campagne anti-jeux vidéo que l’on avait subi les années précédentes, ou que tout du moins les signes d’hostilité dans les média vis-à-vis des jeux vidéo s’étaient fait plus discrets, sans être inexistants. Il semble que la crème de l’info grand public a décidé de rattraper son retard. Après Bernadette Chirac et son attaque frontale dans l’émission d’Harry Roselmack sur RTL, c’est M6 qui a remis le couvert mercredi soir.
Il ne me viendrait pas à l’idée de critiquer le bien-fondé du concept de départ de Zéro de Conduite. Le principe même de l’émission – prendre en main une poignée de « mauvais » conducteurs afin de leur prendre conscience de leurs carences et de leur dangerosité – fait qu’il devrait être possible d’y trouver de quoi s’informer agréablement, même en considérant les méthodes très téléréalité (sujets caricaturaux, propension au spectacle à tout prix…) qui sont celles de cette chaîne.
Là où ça se corse, c’est lorsqu’intervient le panel de consultants chargés de commenter le comportement des cobayes. Parmi ceux-ci, donc, Jean-Pascal Assailly, psychologue et chercheur renommé en sécurité routière qui ne s’est pas privé de glisser de façon « subrogative » une petite idée reçue bien grasse concernant l’impact néfaste des jeux vidéo de course sur la conduite en situation réelle.
Le jeu de course Assailly par M6
La scène se déroule dans la deuxième partie de l’émission, que l’on peut consulter sur le site M6 Replay, à partir de la quarantième minute environ. Un certain Mathieu, 29 ans, nous est présenté. "Il est resté un grand enfant", nous dit-on. Pour illustrer cette phrase, on le filme jouant à Mario Kart au volant Wii avec sa petite sœur. On nous montre ensuite à quel point le sujet non seulement conduit mal, mais montre un total irrespect du code de la route. Dans la séquence suivante, il prend un malin plaisir à ne pas suivre les règles de l’épreuve organisée pour lui sur circuit, préférant établir une sorte de record du tour façon championnat grand tourisme. Un comportement plus provocateur que réellement dangereux, compte tenu de l’environnement, mais qui lui vaut une volée de bois vert très « premier degré » de la part des consultants.
C’est ici que M. Assailly intervient. Commentant la conduite et le comportement de Mattieu, il assène : « on commence à comprendre que ce genre de jeunes gens très branchés jeux vidéo à un style de conduite qui va avec la pratique du jeu vidéo ». Il ne s’agissait pourtant que de Mario Kart, pas de Destruction Derby ou de Burnout, mais on doute que cela ait de l’importance pour M. Assailly. Une déclaration gratuite à l’emporte-pièce, qui fait écho à un autre commentaire tarte-à-la-crème formulé par Sarah Benzaqui, enseignante de conduite, sur la prétendue recherche de virilité dont témoignent les actes de Mathieu. Une démonstration de légèreté intellectuelle qui nuit d’emblée à la pertinence de leurs commentaires pour la suite de l’émission.
Si la violence vidéoludique est souvent invoquée comme cause possible de la délinquance réelle, malgré l’absence de preuve et la faiblesse du raisonnement suivi, la question du lien entre jeux de course et délinquance routière est moins présente dans les média français. Tout juste peut-on se souvenir d’un reportage à charge du magazine « Auto-Moto », il y a quelques années, où des représentants de la Sécurité Routière, qui, tout à leur cause unanimement reconnue, se distinguent rarement par leur retenue, s’en prenaient à GTA ou à Burnout, demandant rien de moins que leur interdiction.
Si je devais me livrer aux mêmes raccourcis que M. Assailly, et faire de mon cas personnel une généralité, c’est plutôt à la conclusion inverse que j’arriverais. Personnellement, grand fan de Mario Kart, mais aussi de Burnout, de Project Gotham Racing, de Destruction Derby, de Sega Rally, de Micro Machines ou de GTA, je suis plutôt prudent sur la route, patient et attentif aux limitations de vitesse. Et s’il m’arrive de penser aux jeux vidéo en conduisant, c’est plutôt les terribles dégâts d’un Takedown qui me viennent à l’esprit. A tout prendre, Burnout agit plus sur moi comme un vaccin anti-chauffard que comme une incitation.
Quoi qu’il en soit, cette phrase lâchée par un chercheur influent au détour d’une émission qui pourrait être par ailleurs utile prouve une nouvelle fois à quel point la nocivité des jeux est d’une banale évidence pour nombre d’intervenants dans les média. A quel point, surtout, sur une chaîne de télévision, on peut dire tout et n’importe quoi sur et contre les jeux vidéo. Après tout, une personne qui joue est une personne de moins qui regarde M6…