La justice rugbystique est à la justice…

Publié le par Eric Primault

 

Je suis l’actualité rugbystique comme beaucoup de Français. J’essaie d’en suivre les règles qui changent presque tous les ans, ainsi que les matchs importants, et même parfois, grâce à la TNT, ceux qui le sont moins. Ce que j’apprécie dans ce sport, surtout si on le compare au football, c’est l’absence d’hypocrisie sur la virilité des débats. Au football, non seulement la moindre bousculade déclenche un émoi surdimensionné, mais en plus les instances on souvent tendance à punir celui qui répond, plutôt que celui qui provoque la violence. Au rugby, il arrive qu’on se mette des gnons entre gentleman, on se calme, et on reprend sa place sur le terrain. Et en cas, si les esprits s’échauffent trop, il reste les cartons, mais qui en général restent réservés aux fautes techniques répétées et aux gestes d’anti-jeu.

 

David-Attoub.jpgPartant de là, je comprends d’autant moins l’invraisemblable sévérité des suspensions infligées par les instances disciplinaires de l’Ovalie. Il y a quelques années, avant que le système actuel de cartons ne soit mis en place, un joueur expulsé devait automatiquement purger une suspension de six mois. Depuis, rien ne s’est arrangé. Pour une raison que je peine à comprendre, quand je vois certains gestes réellement dangereux et impunis qui peuvent se dérouler lors d’un match, la commission de discipline de l’European Rugby Board est particulièrement sévère avec la « fourchette », le fait de mettre les doigts dans les yeux de son adversaire. Geste certainement douloureux, dangereux peut-être, qui peut théoriquement mener à une infirmité mais qui n’a pas empêché la victime de poursuivre son match.

 

Or après Julien Dupuy suspendu six mois ce qui est déjà énorme, c’est David Attoub qui vient de voir sa carrière flinguée, puisque privé de toute compétition pour la durée ahurissante de soixante-dix semaines. Dans les deux cas, il y a plusieurs détails qui chiffonnent. Tout d’abord, les joueurs sont suspendus d’office pendant toute la durée de l’instruction ; ensuite et tout particulièrement, les joueurs semblent se voir reprocher le fait d’avoir voulu tout simplement se défendre. Dupuy a vu sa peine réduite d’une minuscule semaine en appel, ce qui ressemble à une humiliation. Attoub, quant à lui, est critiqué pour avoir fait appel à un expert non issu du monde sportif, un spécialiste des reconstitutions criminelles, et doit rembourser les frais engagés par l’ERB lors de la procédure. Visiblement, les juges britanniques n’aiment pas que l’on se défende trop vaillamment.

 

46913475 stephen ferris gouge466La pièce à conviction est cette photo, soutenue par des relevés médicaux qui font état d’une gène dans la région oculaire durant deux jours après le match. Là encore ma virginité rugbystique me joue peut-être des tours, mais j’ai du mal à imaginer qu’un tel geste, à travers le maillot d’un autre joueur, et dans une telle position puisse être prémédité, et même volontaire. Quand on prévoit de telles peines, il faudrait être sûr que le fait reproché est pleinement volontaire, non ? A en croire l’officier judiciaire indépendant Jeff Blackhett, le cas Attoub est le pire du genre qu’il ait eu à traiter. Pour autant, je ne vois pas en quoi cela vaut de zigouiller la carrière du joueur, même si l’on considère la récidive. Il y a là un truc qui m’échappe, j’ai passé pas mal de temps aujourd’hui à chercher des éléments sur le net, consulter le rapport d’audition d’Attoub et rien n’y fait, je reste abasourdi devant de telles sanctions. Alors si un rugbyman confirmé passant par ici veut éclairer ma lanterne, je suis preneur.

Publicité

Publié dans Actualité - politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
<br /> Il ne devrait y avoir qu'une seule règle au rugby :Oeil pour oeil, dent pour dent.<br /> <br /> <br />
Répondre