Luc Chatel, notre si faible ministre de l’Education Nationale...
Sous la pression d’associations de "défense de la famille", Luc Chatel revient sur le soutien du ministère à un projet de court-métrage d'animation pédagogique sur l’homosexualité.
Destiné aux enfants de CM1 et CM2 de l’académie de Rennes, Le baiser de la lune, en racontant une histoire d’amour entre deux poissons mâles, permet d’introduire l’idée que les relations amoureuses entre deux personnes de sexe différent ne sont pas les seules existantes. Le film ne traite pas de sexualité aux sens "majeur" du terme, mais se limite à l’expression de sentiments amoureux. Il traite également du préjugé homophobe à travers le personnage de la Vieille Agathe, une chatte qui a grandi dans un monde de conte de fées.
Soyons clair : depuis sa naissance, à moins de grandir lui-même dans une famille homoparentale ou particulièrement ouverte sur le sujet, le seul modèle proposé à un enfant, dans ses programmes télévisés, ses livres de classe, etc. est l’hétérosexualité. Pas même comme une norme, mais comme la seule relation amoureuse – et par conséquent le seul modèle familial - possible. L’existence de cette œuvre – je laisse volontairement de côté toute considération esthétique - expliquant qu’il en existe d’autres est anecdotique face à l’omniprésence du modèle amoureux hétérosexuel. Seulement, pour certaines personnes, cette initiative rare est encore de trop. Christine Boutin, flanquée de divers mouvements de « droite libérale », a lancé une violente campagne contre l’œuvre. Et Luc Chatel a plié, misérablement, déclarant sur RMC que Le baiser de la Lune n’était plus le bienvenu à l’école primaire, mais éventuellement dans les collèges et les lycées. Il y a quelques jours, il avait déjà fait retirer le logo de son ministère de la liste des partenaires du projet.
En qualifiant de "prématuré" le fait d’aborder ce thème en primaire, Luc Chatel valide l’idée que l’homosexualité est un sentiment "secondaire", que l’on traite après le sentiment "principal". Il favorise une approche morale arbitraire, au détriment d'une réflexion pédagogique dont les conclusions ne sont pas le fruit du hasard. Le cours moyen est précisément le moment ou les sentiments amoureux commencent à s’approcher de ce qu’ils seront à l’adolescence. Par conséquent, c’est à ce moment qu’un enfant est susceptible de ressentir qu’il ne suit pas forcément le schéma préétabli. A ce moment également, qu’il acquiert un esprit critique plus complexe sur le monde qui l’entoure. Or, dans certaines familles et notamment celles idéalisées par le Parti Chrétien-Démocrate de Christine Boutin, l’homophobie est une monnaie en libre circulation. C’est par conséquent justement à cet âge, et pas plus tard, qu’il faut expliquer, avec les outils appropriés, que le sentiment amoureux est une chose plus complexe dans la vie que dans les histoires de princes et de princesses. Ce n’est rien d’autre que de l’enrichissement intellectuel, indispensable à une meilleure compréhension du lien social et cet apport mérite toute sa place dans un programme scolaire.
Un débat sain est-il seulement possible ? En accusant instantanément Le Baiser à la Lune d’ "incitation à l’homosexualité", les adversaires de ce projet se sont placés sur un terrain où il est impossible de discuter. Etre homo ou lesbienne, ou bi, ce n’est pas un acte délictueux qu’on est "incité" à commettre, ni une maladie dont ce court-métrage porterait le virus. L’homosexualité n’est par ailleurs pas limitée à sa dimension sexuelle, contrairement à l’idée que les opposants de ce film tentent inlassablement d’imposer. Mais ne nous trompons pas : si ces associations ont obtenu le volte-face du ministère, c’est qu’elles ont le vent en poupe. Dans une société où, en matière d’expression, d’éducation, de création, les démarches intellectuelles approfondies sont délaissées au profit de décisions expéditives dictées par l’émotion et les préjugés, l’affaire d’aujourd’hui n’est qu’une étape de plus dans un mouvement de fond qui mine notre société, et dont l’inquiétante particularité est que, selon les cas, les rationnels réfléchis du jour sont souvent les manipulateurs émotifs du lendemain.
